La petite Nirmala naquit dans une famille de brahmanes pauvres dans un petit village
nommé Khéora de l'actuel Bangladesh, le 30 avril 1896. Ses proches l'avaient nommée
" Anandamayi ", " Toute joie ". Hindous ou musulmans, les habitants du village comprirent
qu'elle était sans exclusive, présente à tous, à tout. Dès ses vingt quatre ans,
elle commença à se déplacer partout en Inde attirant des foules de plus en plus compactes.
Elle n'a eu à proprement parlé aucun disciple, mais des foules d'êtres ont été et
sont emportés dans son tourbillon. Elle a dit d'elle même : " Ce corps est une marionnette,
il joue ce que vous lui faites jouer. Ce corps répond aussi au cri fervent de ceux
qui ne l'ont jamais rencontré... Qui suis-je ? D'elle-même, Mâ a dit : " S'il y avait
la moindre conscience de moi, je pourrais dire qui je suis. Comme ce n'est pas le
cas, vous pouvez choisir de dire ce que vous voulez ". Elle précise : " Où pourrait-il
y avoir transmission de maître à élève ? Il n'y a pas de corps pour cela ; ni physique,
ni autre que physique. Il est dit : " Il n'y a que l'un sans second ". Dans le Soi,
il ne peut y avoir de second. La notion de deux n'apparaît que dans les opérations
mentales. En réalité " sans pieds Il marche, sans yeux I l voit ". Mâ s'est offerte
à quantités d'approches de " Dieu ", l'approche " sans dieu " ayant aussi sa place
à ses yeux. Ma ne préconise pas une voie idéale pour atteindre un but donné d'avance.
Elle encourage chacun sur sa voie. Ultimement, elle dira : " Une direction donnée
permet d'atteindre un but donné .Tout le reste par ailleurs est hors d'atteinte.
Mais quand la différence s'évanouit entre ce qui s'atteint et ce qui est hors d'atteinte,
alors cela se révèle ". En faisant tourner ses mains devant son visage, Ma répétait
souvent : " Ja ho jahaye ! ", " Que ce qui doit être soit ! ". Ma disait : " Le monde
(Sangsara) est un cirque où le clown (Sang) joue pour servir la réalité essentielle
(sara) ".
Un jour Ma Anandamayi déclara : " Pour être accompli, ni le monde avec ses paires
opposées, ni le corps n'existent. Sans monde peut-il y avoir un corps ? Qui dit que
le corps existe ? Où est le nom ? Où est la forme ? Supposer que l'être accompli
voit quoi que ce soit hors de lui est hors-sujet. A qui peut-il demander : Donne...
donne ! " ? Le " Je veux " est précisément ce qui nous fait choir dans la réalité
du corps. De plus, sans monde, sans corps, il n'y a forcément aucune action. Soyons
clairs, après la réalisation de Cela, il n'y a pas de corps, pas de monde, pas d'action
-- pas la moindre amorce de corps, de monde, et d'action -- il n'y a pas de " il
n'y a pas "... Utiliser les mots ou pas. Garder le silence ou pas, Tout revient au
même, Tout est Cela ".
(Revue « Jay Ma » n° 71, p. 31-33)